Conques

L’histoire commence au IXème siècle avec deux ermites.

Un certain Dadon se serait retiré à cet endroit et, peu après son installation, selon une charte datée de 819, « un homme plein de piété nommé Medraldus vint se retirer dans le même lieu et vécut avec Dadon. La renommée de leur sainteté se répandit dans les pays voisins. Alors, plusieurs autres, se sentant attirés par la même vie contemplative, résolurent de l'embrasser à leur tour. La troupe pieuse s'accrut peu à peu, et ils élevèrent dans ce lieu une église, dédiée au Saint-Sauveur».

Une fois cette mission accomplie, Dadon repartit vivre en solitaire, après avoir confié la direction du premier monastère, qui suivit la règle de Saint Benoît, à son premier disciple, Medraldus.

Les souverains carolingiens, dont Louis le Pieux, fils de Charlemagne, Pépin II, roi d’Aquitaine, multiplièrent les donations en or, en terres, permettant l’essor du monastère et, par la même occasion, de la vie sociale qui s’est développée près de ses murs.

Mais Conques ne disposait pas encore d’un élément de rayonnement très en vogue alors, les reliques d’un ou d’une martyre. Or, dans la ville d’Agen se trouvaient les reliques d’une sainte qui, sous l’empereur Dioclétien, avait refusé de sacrifier aux dieux païens et endura le martyre, à l’âge de douze ans. En 866, la manière dont les reliques de Sainte Foy d’Agen furent transférées à Conques pour devenir Sainte Foy de Conques peut être cataloguée de « pieux larcin »…

Au Xème siècle, avec l’essor du pèlerinage vers St Jacques de Compostelle, Conques fut choisie comme ville d’étape sur le chemin partant de Puy-en-Velay.

Après l'an Mil, le Livre des miracles de Sainte-Foy révèle l'existence d'une «ville importante, assise sur la colline au-dessus du monastère». En effet, ce dernier était devenu entre temps un pôle d'attraction pour les habitants de la région. Non seulement ses moines offraient un marché appréciable, mais le courant commercial né du pèlerinage, avec sa clientèle sans cesse renouvelée, ne pouvait qu'encourager le peuplement.

Conques trouva son apogée au XIIème siècle et comptait approximativement 3000 habitants. Puis les tourmentes de l’Histoire la mènent peu à peu sur la pente du déclin. Les protestants l’incendient en 1568, détruisant une partie du bourg. La famine, les épidémies se succèdent et la peste de 1628 fut meurtrière. Le registre des enterrements de l’an 1694 signale une nouvelle vague de mortalité suite à une série de mauvaises récoltes.

A la veille de la révolution de 1789, il n'y aurait plus que 630 habitants, des vignerons, des ouvriers agricoles et des mendiants. En 1771, à un questionnaire de l’évêque de Rodez sur l’état de la paroisse, le curé répond : « Il n'y a point de commerce à cause du manque de routes carrossables... Les deux tiers des familles passent la moitié du temps sans pain... Il y a environ quatre-vingts invalides, y compris plusieurs enfants, et cent mendiants dans la paroisse. Aujourd'hui, souffrir de la faim, vivre de châtaignes, vendre ses terres et travailler pour le compte d'autrui : voilà les ressources, voilà la situation ! ».

La Révolution apporte le coup de grâce à Conques lorsque l’Assemblée Constituante vote la suppression des ordres religieux et l’aliénation de leur patrimoine.

La commune, nouveau propriétaire de l’église, n’a pas les moyens d’en assurer l’entretien. Elle réclame des moyens en 1811 et, en 1825, le Conseil de fabrique prévient le préfet d’un risque d’effondrement. Ce n’est qu’en 1835 qu’une mission d’étude avec devis est entreprise pour faire le constat d’un chantier long et difficile.

L’abbatiale est sauvée in extrémis en 1837 grâce à l’action de l’écrivain Prosper Mérimée, alors inspecteur des Monuments Historiques, qui avait entamé une tournée systématique du territoire français et qui, en découvrant Conques, écrit :

« Bien qu’un peu blasé par métier sur l’architecture du Moyen Age, j’ai vivement senti les beautés originales de l’église Sainte-Foy. Je regarde sa conservation comme un devoir et je me propose, d’ici peu, de publier une notice sur l’abbaye et sur quelques églises d’Auvergne dont elle me paraît être le prototype. »

C’est le début de plusieurs campagnes de travaux, et en 1873 le cardinal Bourret s’adresse à une communauté de Prémontrés qui acceptent de venir fonder un prieuré. Depuis lors, Conques vit du tourisme et de par sa position en tant que chef-lieu de la région.

Malgré le tourment des siècles, la première impression du voyageur est celle d’un joyau enchâssé sur les flancs d’un relief rocailleux. C’est celle d’un voyage dans un autre temps, avec ses ruelles pavées, ses maisons en colombages et son abbatiale qui respire le recueillement.